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Sous le règne de Nicolas Sarkozy, il y a eu espionnage industriel et espionnage industriel. Il y a eu celui qui était suivi de très près, au point qu’une entreprise pouvait envoyer une délégation à l’Elysée, exposer ses petits soucis d’espions chinois (toujours eux) et à la DCRI, rencontrer le sulfureux grand patron avant même qu’une procédure judiciaire soit ouverte. Et puis il y a ceux, ennemis du pouvoir, qui étaient laissés à la merci des pirates informatiques.
Les deux histoires sont relatées dans deux articles séparés, le premier dans Libération (daté du 11 mai) et le second, dans le Canard Enchaîné (daté du 2 mai 2011, p.4) et qu’il n’est pas inutile de rassembler. Une fois mis en regard, quelques questions méritent d’être posées…
Libération décrit une entreprise (Renault) complètement paranoïaque, liée au pouvoir en place tout en tentant de le manipuler de manière grossière.
On sait ainsi que le 6 janvier, soit trois jours après la mise à pied des trois cadres faussement accusés d’espionnage, une «délégation est reçue à l’Elysée». La secrétaire générale est présente, ainsi que Rémi Pagnie (le chef du service de sécurité interne) et Christian Husson. C’est Bernard Bajolet, chargé de coordonner les services de renseignement français, qui les reçoit. Quatre jours plus tard, la même délégation se rend à la DCRI pour rencontrer son patron, Bernard Squarcini. «La délégation s’est rendue à la DCRI sur conseil de l’Elysée, nous confie un ancien haut cadre de Renault. Aucune procédure judiciaire n’était ouverte. De là à parler de relations incestueuses entre le groupe et les pouvoirs publics…» «Nous exerçons une mission de sécurité et de protection des entreprises», s’est justifiée hier la DCRI.
Éric Besson, ministre sous influence
Le 5 janvier, écrit Laurence Dors dans ses agendas, la direction de Renault joint le cabinet d’Eric Besson, alors ministre de l’Industrie, «avec qui les éléments de langage pour l’intervention du ministre le lendemain sur RTL sont convenus». Un nouveau briefing est organisé vers minuit. Le lendemain, satisfaite, la secrétaire générale note : «Il tient le langage convenu.» Au micro de Jean-Michel Apathie, Besson déclarait : «Oui, malheureusement l’affaire paraît sérieuse. C’est un péril globalement pour l’industrie française. […] L’expression guerre économique parfois outrancière, là, est adaptée.» Soit exactement la vision de Renault à l’époque.
Le Canard Enchaîné, quant à lui a raconté l’histoire d’Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva, au plus mal avec le pouvoir en place à l’époque, qui mandate une entreprise de sécurité informatique parce qu’elle a des doutes sur la sécurité de son installation personnelle, ses petits secrets fuitant assez visiblement à l’extérieur de son domicile. Le rapport de l’entreprise en question est accablant. Et il pose quelques questions.
[…] Le 5 avril, les avocats d’Areva adressent une lettre à la maison Plon. Ils y menacent l’éditeur d’une instance en justice si, dans son futur livre, Anne Lauvergeon ne respecte pas les « engagements de confidentialité » pris, lors de son départ, entre le nouveau patron et elle.
Petit problème : la publication de ce livre n’a été officialisée que le 10 avril, et Plon avait tout fait pour garder le projet secret. Echaudée par le précédent suisse, Anne Lauvergeon avait demandé, dès le 31 mars, à une société de sécurité informatique d’ausculter les ordinateurs et le réseau installé à son domicile. Les constatations de Mextor – c’est le nom de cette boîte – sont nettes : Anne Lauvergeon n’avait pas pris de précautions suffisantes, c’est un euphémisme. Son réseau sans fil personnel était une vraie passoire. Mais, dès que la société Mextor a installé un serveur plus protégé, pas moins de 23 000 attaques ont été détectées entre le 4 et le 12 avril.
Conclusion des experts : « Après étude du réseau informatique du domicile de Mme Lauvergeon (…), nous répondons qu’il y a bien eu une tentative de surveillance et d’espionnage d’envergure. » Menée par qui et à la demande de qui ? Ce sera désormais à la justice de l’établir.
[…]
Ce rapport de la société Mextor, laisse le lecteur pantois.
Il apparaît que Anne Lauvergeon a effectivement un réseau informatique personnel qui n’est rien d’autre qu’une monstrueuse passoire. Ouvert à tous les vents, d’une part et surtout, bien identifiable pour que les pirates ne se trompent pas et visent le bon. Quand on vous dit passoire, c’est passoire. L’admin de la box d’Anne Lauvergeon se faisait en utilisant le login « admin » et le mot de passe… « admin ». Logique, non ?
Ceci appelle quelques réflexions.
Anne Lauvergeon n’était plus, à l’époque visée par le rapport, présidente d’Areva.
Son réseau « maison » était-il aussi troué lorsqu’elle était présidente de l’entreprise française en charge du nucléaire ?
Et même démissionnée, est-il logique que l’Etat se désintéresse de la sécurité des informations qu’elle peut détenir ? Au point de ne pas superviser (un rôle qui reviendrait naturellement à la DCRI) son équipement ?
Qu’en est-il des réseaux domestiques des autres grands patrons français ?
Qu’en est-il des réseaux domestiques des patrons d’entreprises publiques ?
Bien entendu, à la lecture de l’article du Canard Enchaîné, il est aisé de s’interroger sur la nonchalance de l’Etat et de ses services. Mais Mme Lauvergeon a également fait preuve de négligence caractérisée.
A ce jour, l’HADOPI n’a pas réagi et n’a pas coupé son accès à Internet.
Pourtant, est-il acceptable qu’une personne détentrice de tels secrets industriels, puisse installer un réseau informatique en forme de passoire à trous géants à son domicile ? Comment venir se plaindre par la suite des méchants pirate-terroristes-pédophiles chinois qui mettent en péril les infrastructures essentielles du pays avec leur cyberguerre de haut vol ? Nul besoin de compétences particulières pour siphonner les données d’Anne Lauvergeon. La cyberguerre a bon dos.
Anne Lauvergeon qui se pose en victime de Nicolas Sarkozy n’est pas la frêle brindille que le storytelling tente de faire accroire.
L’ancienne présidente d’Areva est une cliente de longue date d’Image7, la société d’Anne Méaux (tendance GUD, droite tape-dur) qui veille à la bonne image de la plupart des grands dirigeants du CAC 40. Son influence politique est aussi importante qu’inconnue du grand public. Anne Méaux veillait par ailleurs à la bonne image de la Tunisie de Ben Ali.
Source: http://reflets.info/negligence-caracterisee-danne-lauvergeon-et-de-letat-que-fait-lhadopi/
L’ARCEP, depuis Jean-Ludo… c’est plus c’que c’était ma bonne dame. Le gendarme de télécoms lance une nouvelle consultation sur le thème de la neutralité des réseaux. Un colloque, en avril 2010, avait déjà réuni opérateurs, industriels, fournisseurs de services en ligne et … moines copistes de DVD. C’était super amusant comme colloque. On avait d’un côté des gens qui savaient de quoi ils parlaient et n’étaient jamais d’accord entre eux, puis de l’autre des gens qui n’avaient aucune idée de quoi ça causait, mais, qui étrangement, étaient tous d’accord entre eux. Les cons ont toujours eu une grande faculté à être d’accord entre eux paraît-il.
À l’occasion de cet événement, il y a eu quelques moments d’anthologie, ce même avant la conclusion de Nathalie Kosciusko-Morizet, arrivée en retard et qui a donc conclu sans ne rien avoir vu du colloque, une prouesse remarquable et remarquée par nous. Le colloque Neutralité des réseaux de 2010, c’était avant tout des vidéos. Et dans ces vidéos, nous sommes tombés sur des perles.
On évoquera du côté des gens tous d’accord entre eux pour brider le Net :
Comme quoi, c’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.
Du côté des gens moins d’accord entre eux, nous avions principalement les fournisseurs d’accès Internet qui demandaient du pognon aux fournisseurs de contenus, et les fournisseurs de contenus qui demandaient un pourcentage sur les abonnements aux fournisseurs d’accès à Internet. Au moins chez eux le discours était clair, ça ne causait que de pognon, c’était limpide, nous n’étions que des consommateurs de contenu -qu’il fallait payer- et qui transitent par des tuyaux que nous payons également.
Point commun entre les deux parties, les gens tous d’accord entre eux et les gens pas d’accord entre eux : les Internautes on s’en fout, du moment qu’ils payent et qu’ils payent plus cher. Pas un instant on évoquera par exemple la nécessité de fournir des débits montants plus conséquents pour que les internautes comprennent qu’ils ne sont pas devant une télévision munie d’une souris et que eux aussi peuvent fabriquer de la neutralité en s’appropriant leur propres contenus et leur diffusion au lieu de les abandonner à des sites… souvent américains.
Rares, très rares furent les interventions qui sont venues rappeler qu’Internet était un bien commun et que ce colloque n’était pas un Yalta du Net de l’intranet français. On citera celles de Benjamin Bayart, celle d’Alain Bazot, et enfin celle de Pierre Col.
Voilà le décor planté de cette première incursion publique de l’ARCEP dans le monde fou fou fou de la neutralité des réseaux. Le résultat a eu beau être pitoyable, à la limite du révoltant pour certaines interventions, il a eu le mérite d’exister et l’ARCEP, pour une fois, ne s’était pas bornée à demander aux FAI « Alors il marche bien ton Internet ?« , pour aussitôt publier la réponse éminemment objective des intéressés dans son rapport trimestriel, le tout agrémenté de petits dessins présentant des courbes qui montent, car quand ça monte, c’est bien connu, toutvabien®.
La conclusion du colloque, savamment restituée par Nathalie Kosciusko-Morizet, c’était que les réseaux étaient quasi neutres, donc quasi pas neutres, qu’elle n’en avait au fond quasi rien à foutre, et avait réussi à quasi énerver la rédaction de Reflets. Mais on savait aussi qu’elle était quasiment sur le départ donc nous n’avons pas « trop » tiré sur l’ambulance.
Aujourd’hui, on change de concept. L’ARCEP s’adresse cette fois aux internautes en publiant ce projet de rapport au Parlement et au Gouvernement sur la neutralité de l’internet. Nous avons donc l’occasion d’être acteurs et non plus spectateurs tortillant de l’arrière-train et s’étouffant devant les outrages au Net de quelques industriels.
Il conviendra donc de soutenir cette nouvelle initiative visant à proposer un document de référence éclairé au législateur, prenant cette fois en compte des problématiques autres que les bénéfices déjà très conséquents de certaines entreprises.
Source: http://reflets.info/internet-quasi-neutre-larcep-consulte-encore/
Il y a comme ça des figures d’Internet. Des dinosaures à qui l’on doit beaucoup sans toujours le savoir. Des Jean-Michel Billaut, des hackers de légende qui ont dépassé depuis longtemps l’envie d’être les vedettes éphémères de la presse. Dans cette liste, il y a Laurent Chemla. Lors du lancement de Reflets, il nous a paru évident de lui poser des questions, comme cela avait été le cas en 2005. Pour faire le point.
Laurent est comme Reflets, il n’est pas pressé et préfère prendre le temps de la réflexion. Ses réponses arrivent un peu plus d’un an plus tard. Et vous savez quoi ? Cela valait la peine d’attendre !
- En 2005, je t’avais déjà posé toute une série de questions sur l’évolution d’Internet. Depuis, pas mal de choses ont encore changé. La tentation du contrôle par les Etats est de plus en plus forte. On l’a vu notamment dans les pays arabes qui avaient installé des outils de DPI pour contrôler les internautes. Outils souvent exportés par la France. Ici aussi le DPI fait son trou. Il va où le Net qu’on a connu ? Qui conduit le tracteur ?
Si j’ai mis longtemps (bon, plus d’un an, d’accord) avant de répondre à tes questions, c’est surtout la faute à celle-ci :
« Il va où le Net ? ». Sérieusement ?
Prédire l’avenir d’un réseau en évolution constante, c’est d’une difficulté sans nom. Il faut dans le même temps se remettre dans le contexte des années passées, et tenter d’imaginer le futur, alors qu’on tente de rester dans le mouvement et l’immédiateté inhérente au média. On risque à tout instant une élongation du ciboulot.
En 2005, le DPI n’était guère envisageable parce que le matériel ne permettait pas son existence. Un routeur de coeur de réseau traite des térabits de données à chaque seconde : il était impossible de croire qu’il pût dans le même temps les analyser (ce qui n’est pas son job) et les envoyer dans la bonne direction (ce pourquoi il est fait). Même de nos jours, et malgré une fantastique augmentation de puissance, il ne fait (de ce que je comprends d’un système comme Eagle) que les stocker pour analyse ultérieure mais il ne filtre pas (ou en tout cas pas suffisamment intelligemment pour rendre tout à fait effective une censure utile).
Concernant la tentation de contrôle des Etats, il faudrait remonter encore plus loin. La première fois que je l’ai croisée, c’était en 1996 quand j’essayais de convaincre un auditoire incrédule de grands sages de l’inexistence d’un « responsable central » d’Internet. Cette seule idée leur semblait tout simplement inimaginable. Alors quoi d’étonnant si leurs semblables cherchent depuis à imposer l’émergence d’une entité qui leur semble à ce point nécessaire ? La seule question qui vaille c’est la faisabilité de la chose, et je n’y crois pas une seule seconde.
En 2005 je disais ma confiance dans l’issue de ce combat, et je n’ai pas changé d’avis depuis : même si, en effet, on voit partout arriver de nouvelles lois potentiellement liberticides, je ne crois pas que le public qui a investi le réseau soit prêt à abandonner la liberté nouvelle qu’il y a trouvée.
Bien sûr on peut s’interroger sur la capacité de mobilisation d’un public trop gâté face à la démagogie outrancière des pouvoirs en place – qui n’ont jamais hésité à utiliser les boucs-émissaires de la pédophilie ou du terrorisme pour justifier leur volonté de contrôle du réseau – mais quand je vois tous ces jeunes de LQDN ou d’ailleurs qui ont repris avec un brio stupéfiant le relai des vieux combattants comme nous, je ne peux pas ne pas croire en l’avenir.
Il y a eu des défaites et des victoires, et il y en aura encore. Il y aura des joies et des déceptions, mais le combat pour les libertés citoyennes va dans le sens de l’histoire : tout ce que la répression peut faire, c’est retarder l’échéance inéluctable d’un réseau dont la liberté sera un jour inscrite dans toutes les constitutions.
- En 2005, on se disait que le Net était en passe de devenir une galerie marchande. C’est fait ? Ou bien les outils comme Twitter et Facebook ont-ils redonné un petit souffle à la liberté d’expression et la capacité de publication, donc de contribution aux contenus ?
Même si j’aime bien me moquer de la numérotation « 2.0″ du Web actuel, il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’une évolution réelle. Quand je disais (dans mes tout premiers articles publiés) que le Web était l’avènement d’une culture de distribution – à rebours de la culture de partage qui sous-tend Internet, je ne prévoyais pas qu’un jour les développeurs sauraient détourner à ce point un simple système de publication pour en faire une interface aussi interactive que ce qu’elle est devenue.
Il ne faut jamais sous-estimer la capacité du public à s’approprier les technologies de réseau pour en faire autre chose que ce qui était prévu par ses concepteurs. On l’a vu très vite avec le Minitel et ses messageries, on l’a vu moins vite avec le Web (parce qu’il existait déjà d’autres outils sociaux sur Internet avant son avènement), mais c’était couru d’avance. Il n’existe plus guère de site un tant soit peu important qui ne prévoie au minimum d’accueillir et de publier les commentaires de ses visiteurs. Et même les sites purement marchands reposent de plus en plus sur l’interactivité (par le biais de l’évaluation des produits, ou des vendeurs, par exemple).
Partout, le public est entré dans les vitrines de la galerie pour en faire des panneaux d’affichage. Et il a démontré ce faisant que c’est lui, et pas le marchand, qui crée la richesse et la variété des contenus. Plus personne ne cherche à offrir un look clinquant avec des mickeys qui clignotent quand il crée un site : il s’agit d’abord de penser l’interaction avec le visiteur, la facilité d’utilisation et de publication, l’interface dépouillée qui montre moins qu’elle n’invite à la participation. Adieu, la galerie marchande à sens unique que l’on craignait, et bienvenue à l’intelligence collective dont on rêvait. Le Web devait la tuer, il l’a multipliée.
- Un jour tu as écrit « je suis un voleur ». Tu ne trouves pas que de nos jours, il y a des voleurs bien plus balaises que toi ?
Il y a une tendance qui se dégage de l’évolution récente d’Internet : les grandes fortunes semblent se construire en vendant à ses clients leur propre intelligence.
C’était, plus ou moins, le modèle de Gandi : tu inventais un nom et Gandi te vendait le droit exclusif de l’utiliser. C’était malin, mais ce n’était rien par rapport à Google : face à des concurrents qui tentaient de développer l’intelligence de leurs moteurs, Google a choisi d’utiliser l’intelligence des humains – qui citaient leurs sources – pour établir lesquelles étaient les plus utilisées et les classer en tête des recherches associées. L’algorithme qui a fait son succès était en réalité beaucoup moins intelligent que les autres. Mais plus malin.
Et c’est pareil avec toutes les grandes réussites actuelles. Facebook vend les contenus réalisés par ses clients. Tout comme Twitter. Tout comme Meetic dans un autre genre. Megaupload n’a fait que suivre le mouvement, en vendant des accès privilégiés aux contenus mis en ligne par ses propres clients.
C’est tout le modèle du Web 2.0 qui est basé sur le profit fait grâce au travail de celui qui l’utilise.
C’est très fort, mais ça coûte encore cher parce qu’il faut développer de grosses infrastructures techniques pour faire fonctionner ces mastodontes. Le plus grand voleur sera sans doute celui qui réussira à nous vendre l’accès au contenu de nos propres disques durs, partagés en P2P, pour économiser en bande passante et en espace de stockage.
- L’HADOPI, c’est une évolution logique ?
Naïvement, j’ai tendance à associer le mot « évolution » avec l’idée de progrès. Et considérer la mise en place d’une justice privée comme un progrès est un exercice délicat, non ?
L’Hadopi, comme toutes les lois qui tendent à éviter la création de nouveaux modèles économiques pour préserver des rentes anciennes, n’est qu’une tentative pitoyable pour retarder l’inéluctable. Elle n’est même pas utile à ceux qu’elle dit vouloir défendre, et sa seule vertu éducative (ou « pédagogique » mais je déteste ce mot) aura été de former toute une génération à l’exercice du débat citoyen dans la lutte pour ses libertés.
Il y a cependant là un point qui m’intéresse au moins à titre personnel (même si je ne crois pas être le seul, loin de là, à le constater) : je ne vais pas dévoiler un grand mystère en affirmant que je suis plutôt très très de gauche. Et donc plutôt partisan d’un état qui intervient dans la régulation sociale pour garantir d’avantage d’équité et de coopération dans les interactions sociales.
Et pourtant dès qu’il s’agit d’Internet, toute évocation du mot « régulation » me fait sauter au plafond, et chaque loi qui touche à Internet m’inquiète.
Il me semble que la contradiction n’est qu’apparente (mais je n’en suis pas sûr) : malgré les dérives – toujours dénoncées – de quelques profiteurs qui chercheront toujours à utiliser le bien commun à leur unique avantage, le réseau s’est développé sur une base de coopération à tous les niveaux. Que ce soit sur le plan technique (par l’usage de protocoles et de standards libres et ouverts, par les échanges de liens de peering hors-marché, par l’évolution des normes basée sur un dialogue constructif et ouvert à tous) ou sur le plan social (grâce à des projets comme Wikipedia, grâce au P2P mais aussi par l’évolution largement coopérative du Web 2.0), Internet semble chaque jour démontrer qu’on peut tous vivre ensemble sans nous entre-déchirer et pourtant sans que les états ne nous l’imposent par la loi.
C’est quelque chose de précieux, je crois, et qui nous apprend sans doute quelque chose d’important : livrée à elle-même, l’humanité semble capable non pas de s’auto-réguler (berk) mais de s’auto-organiser dans une sorte de « coopétition » non imposée. L’homme ne serait pas toujours un loup pour l’homme, et c’est peut-être là qu’Internet est vraiment révolutionnaire.
Dans ce cadre, oui, j’ai très peur qu’avec ses gros sabots et sa tentation de contrôle (forcément nécessaire à toute volonté régulatrice), l’état ne se comporte en éléphant dans un magasin de porcelaine et que ses lois ne précipitent dans une compétition forcenée (mais régulée) plutôt que vers une coopération librement consentie.
- Est-ce que ça ne va pas contribuer à généraliser les technologies de cryptographie, de maquillage du trafic, contribuer à bouffer de la bande passante via les Mégaupload, etc ?
Je ne vois personnellement rien d’inquiétant dans une possible généralisation de la cryptographie dans les échanges non-marchands, qui n’ont aucune vocation à être publics : ce ne serait après tout que l’équivalent numérique de l’enveloppe ou du carton qui préserve la confidentialité des échanges privés dans le monde physique.
Ça viendra sans doute, et on reparlera alors de la pénalisation de son usage (en prétextant comme toujours l’utilisation qui pourrait en être faite par les méchants terroristes), et on luttera contre une nouvelle LSI: depuis 1995 j’ai plus qu’un peu l’impression qu’on tourne en rond, de toutes façons.
Je suis beaucoup plus inquiet de l’évolution « jacobine » des services d’échanges de contenus : Internet est de nature acentrée. Vouloir revenir à un modèle centralisé dans lequel l’utilisateur passe par Google pour accéder à Youtube, Twitter ou Facebook est forcément dangereux, parce qu’en créant de tels points de passage obligatoires on rend possible un contrôle théoriquement impossible du fait de la nature même du réseau : il est tellement plus facile de contrôler quelques autoroutes qu’une infinité de chemins privés. Et ça c’est beaucoup plus grave qu’un simple gâchis de bande passante.
A ce titre on pourrait (presque) dire qu’Hadopi est une loi intelligente, parce qu’en ciblant le P2P plutôt que les services marchands centralisés du type Megaupload elle rend possible les actions des ayant-droits (qui sinon devraient s’attaquer directement à leurs propres publics). Mais on voit bien qu’en réalité le jusqu’au-boutisme des majors et l’instrumentalisation de nos représentants politiques ne fait que radicaliser toujours d’avantage une société civile qui se sent de plus en plus surveillée et qui voit toujours augmenter les droits des ayant-déjà pendant qu’on restreint les siens.
Dans ce dossier, il faut toujours et sans cesse rappeler qu’une oeuvre ne peut pas exister sans la société qui l’entoure, qu’elle n’est jamais que le produit de tous les progrès humains faits avant sa création, et qu’à ce titre elle ne peut pas ne produire de bénéfices qu’au profit unique de son auteur et de ses représentants. A force de nier le droit au public de se partager la culture en dehors de tout cadre marchand, comme il l’a toujours fait, l’industrie culturelle veut refaire l’histoire à son seul profit.
Ce n’est plus de la simple propagande : c’est ce que j’appelle du négationnisme culturel.
- En 2005, tu disais que l’avenir de la publication indépendante dépendrait de l’existence ou non d’une masse critique d’internautes avertis résistants à l’auto-censure. Elle est là ?
On est bien au-delà déjà. En réalité je me demande même s’il restera encore une place pour autre chose que de la publication indépendante, dans le futur.
- Que penses-tu de l’apparition et des actions de groupes comme Anonymous ou Wikileaks ?
Quoi qu’on pense de leurs méthodes, on ne peut que constater là encore l’auto-organisation dont je parle plus haut. Ce sont, de nouveau, des mouvements coopératifs, organisés au niveau mondial, sans contrainte et avec le bien commun pour objectif.
Avec en plus, et c’est peut-être nouveau, la disparition de l’aspect « auto-promotionnel » souvent inhérent aux actes gratuits : on n’agit plus avec le but (plus ou moins caché) de se faire (re)connaître – puisque l’anonymat est de rigueur dans un cas comme dans l’autre – mais uniquement pour la réalisation de l’objectif annoncé. Il est possible que ce soit là encore une évolution sociale majeure.
Bien sûr, il a toujours existé des groupes agissant pour le bien commun : en cela, Internet n’a rien inventé. Mais – il me semble – ils étaient le produit de cultures et de morales imposées, sinon par les états, au moins par les sociétés et les religions. Là il s’agit – mais je le dis avec beaucoup de précautions – d’actes politiques plutôt que bien-pensants, avec toujours pour objectif davantage de libertés publiques. Et c’est nouveau.
Il y a eu des précurseurs, peut-être, avec des mouvements comme Greenpeace, qui déjà s’opposaient aux états pour essayer de garantir un monde meilleur pour tous. Ce n’est donc sans doute pas une évolution qu’on doit à Internet.
Mais il ne fait aucun doute que le réseau permet une généralisation de ce type d’activisme, de plus en plus facile d’accès et qui ne se limite plus à des groupuscules plus ou moins éclairés.
- Tu dis souvent que les tentatives de contrôle du Net sont vaines. Mais elles s’empilent les unes sur les autres. On est quand même de plus en plus surveillés. A un point qui semblerait inconcevable si tout cela était transposé dans le monde réel. Il est pour quand le sursaut ?
Bon, voilà un point où je me distingue de la plupart de mes coreligionnaires hacktivistes : si je suis opposé au contrôle, je suis en revanche de moins en moins motivé par la lutte pour la vie privée.
Du moment que personne ne tente de m’imposer tel ou tel style de vie, je n’ai que faire qu’on me surveille, qu’on sache tout de moi, qu’on m’espionne et qu’on m’épie, du moment que je sais qui le fait, comment, pourquoi, et que moi aussi je sache tout de ceux qui me surveillent.
Je pose donc deux préalables : la transparence totale pour tous (y compris et surtout celle de tous les pouvoirs et de tous les surveillants) et la non-ingérence totale. Et je crois que c’est, sinon souhaitable, au moins inévitable et probablement pas si grave que ça.
Est-ce grave si mon voisin (mon gouvernement, mon patron…) sait combien je gagne, combien de fois par jour je me brosse les dents, quelles séries je télécharge illégalement et que mon password est « tapioca » ? Franchement, ça m’est égal. Tant qu’il n’utilise pas ce qu’il sait pour tenter de modifier mon comportement, il peut bien me surveiller autant qu’il veut si j’ai moi aussi la possibilité de tout savoir de lui à tout instant.
C’est, je crois, le prix à payer si on veut garantir à tous la transparence nécessaire à l’usage réel de la démocratie : si nous voulons tout savoir de ceux qui nous gouvernent, alors faisons-nous à l’idée qu’ils puissent tout savoir de nous. Nous, nous avons la puissance du nombre pour forcer les pouvoirs à changer de méthodes. Eux n’ont que le secret pour essayer de nous contrôler. C’est le peuple qui a tout à gagner d’une transparence à tous les niveaux, pas les gouvernements.
On l’a vu récemment avec ACTA : sans le secret, cette tentative de contrôle global est sinon vouée à l’échec, au moins largement réduite. Et chacun d’entre nous a pu (ou aurait dû) faire pression sur son député pour qu’il se saisisse de ce projet et s’y oppose.
Ce n’est qu’un exemple, et le mouvement de l’opendata va encore beaucoup augmenter les pouvoirs du public quand il sera vraiment utilisé (et il y a là un gisement de pouvoir et de libertés énorme et qui va à mon avis être à l’origine de très grands changements sociaux dans un futur proche).
Alors, bien sûr, on pourrait vouloir dans le même temps garantir la vie privée du public pendant qu’on augmente toujours plus la transparence du pouvoir, mais où doit se situer la limite ? Est-ce que Mediapart devait refuser d’écouter les enregistrements Bettencourt, et laisser le public dans l’ignorance des magouilles du pouvoir, au motif que la vieille dame n’était pas, elle, au pouvoir ?
Dès qu’il y a secret, où que ce soit, il y a possibilité pour le pouvoir de l’utiliser à son seul profit. S’il est le seul à savoir combien vous déclarez de revenus, alors il est aussi le seul à pouvoir vous dispenser de payer l’impôt (en échange de quelques retours d’ascenseur). Si chacun peut le savoir, alors le pouvoir devra respecter l’égalité de tous. C’est comme ça.
A l’inverse, si je peux tout savoir sur tous, et que tous peuvent tout savoir de moi, alors – après un ajustement temporaire des usages et des moeurs – plus personne ne s’intéressera à ma petite vie (ni moi aux leurs) et chacun pourra surveiller efficacement ceux qui ont du pouvoir sur nous.
Dans son roman « Sur l’onde de choc » – à plus d’un titre visionnaire – John Brunner met en scène un hacker qui, pour protéger ce qui reste de liberté dans son pays, finit par créer un virus qui va tout rendre public (toutes les données informatiques deviennent accessibles à tous au lieu de n’être possédées que par les institutions). Il transforme ce faisant tout un monde, et fait plier un gouvernement corrompu.
Je ne saurais trop conseiller la (re)lecture de ce chef-d’oeuvre prophétique qui nous dit tout ce qu’il y a à savoir sur notre société de l’information et sur notre futur.
- As-tu suivi les développements du High Frequency Trading ? Sais-tu que les institutions financières se font des DDoS sur les marchés, le tout à la vitesse de la lumière ? Qu’elles envisagent de vendre du cloud computing sur leurs machines qui sont installées au coeur des systèmes des Bourses ? Ca t’inspire quoi ?
Ecoute, honnêtement je n’y connais rien. Les finances c’est pas mon truc : tout ce que j’en comprends c’est que quand j’ai du fric je le dépense et que quand j’en ai plus j’essaie de survivre, c’est tout. Mais dans ce que je lis de ton texte, on en revient pile-poil à ce que je disais juste avant : sans le secret qui entoure ces transactions, les dérives que tu dénonces auraient beaucoup de mal à exister.
- La sécurité des réseaux et applications, elle s’améliore au fil des années ou elle régresse ?
A l’époque où j’étais un « pirate » compétent (ça remonte au début des années 80 parce que je suis vieux), j’utilisais un minitel et un Thomson TO7 pour m’introduire dans des gros ordinateurs de l’époque, partout dans le monde.
Pour faire ça j’avais un petit programme en basic qui testait l’une après l’autre les adresses Transpac et qui notait dans un fichier celles qui répondaient sans demander de mot de passe. J’ai pu comme ça trouver ce qu’on appelait des « brasseurs » (aujourd’hui on dirait routeurs j’imagine) et par leur biais je pouvais aller un peu partout (et pas seulement chez les cafés Grand-Mère) sans payer ni fournir la moindre identification.
Est-ce qu’on peut imaginer ça de nos jours ? Je sais bien que je suis largement dépassé, et qu’on trouve pléthore de serveurs pas ou mal protégés, mais quand même : je vois bien que le niveau de compétence nécessaire pour s’introduire quelque part est très largement supérieur à celui qui était le mien quand « j’exerçais » encore.
Ce qui augmente, c’est le niveau global des connaissances informatiques dans le public. Et donc, forcément, le nombre d’aspirants pirates qui – comme moi à l’époque j’imagine – cherchent à exercer leurs compétences (que ce soit dans un but malveillant ou juste pour le challenge). Avec le nombre, il est normal qu’on trouve toujours plus de failles dans des systèmes qui ne sont que l’oeuvre d’humains forcément faillibles.
Ce qui compte à mon sens ce n’est pas la sécurité des systèmes, c’est la capacité de réparer les failles et de remettre en route ce qui est cassé rapidement. Je préfère un bon backup à une bonne sécurité, parce que tant que mes données sont intactes et peuvent être restaurées sans perdre trop de temps, je refuse d’investir toujours plus de temps et d’énergie à me garantir contre les intrusions inévitables.
Mais tu sais, j’ai aussi toujours préféré une maison ouverte qu’on peut cambrioler – sans tout casser au passage – à un château fort dans lequel je serais enfermé et où il me serait impossible de rentrer le jour où j’ai perdu mes clés.
- Si je pars du monde réel et que je pose comme postulat que la crise économique et financière associée à des mesures drastiques d’austérité peuvent amener des troubles sociaux, y compris en occident, Internet sera-t-il un outil de propagation comme dans les pays arabes ?
Ben, bien sûr. Si des pays totalitaires n’ont pas réussi à empêcher son utilisation alors même qu’ils avaient un contrôle presque total de leur Internet local, je vois mal comment des pays dits démocratiques pourront empêcher l’usage de cet outil de communication particulier.
Ceci étant dit, je reste dubitatif quant à la capacité à organiser autre chose que de tout petits mouvements s’il n’y a pas d’abord une volonté d’action préalable largement partagée. Internet ne sera peut-être qu’un catalyseur : non pas une source de troubles mais plutôt l’outil par lequel le public se rendra compte que le mécontentement a atteint un point où il est temps de sortir de chez soi et d’agir.
- Quelle est la question que j’ai oublié de te poser ?
Tu m’as parlé sociologie, politique, technique et économie, ça laisse assez peu de place aux chats.
(photo d’ouverture de Laurent Chemla CC by-nc de chezyann)
Source: http://reflets.info/internet-nest-pas-controlable/
Il semble que Reflets soit quand même tombé sur de sacrés zigotos en révélant les activités d’AIPLEX, une société dont le coeur de métier est la lutte contre le piratage des oeuvres de l’esprit sur Internet. Quelques petites recherches nous ont très rapidement conduit à des informations qui pourraient nous expliquer l’aplomb avec lequel Monsieur Delacroix nous a menti. Il semble évident que l’ALPA ne souhaite en aucun cas être associée à AIPLEX, et on peut le comprendre. Quand, interrogé par Numerama, le représentant d’AIPLEX assurait ne pas savoir que la collecte et le traitement de données personnelles étaient soumis à certaines règles chez nous, nous avons un peu tiqué. Cédric De San explique d’ailleurs sur Numerama que son entreprise arrive à faire retirer 90% des liens visés, à en détecter 100%, qu’elle lave plus blanc que blanc et qu’elle redépose la crasse propre dans les poubelles des internets en usant de certaines techniques de harcèlement… fortiches les mecs… 100%, pas 35% ! mais 100% ! Tout ça avec des menaces, de l’intimidation des attaques DDoS et parfois un peu plus.
Comment une entreprise, fut-elle indienne, qui prétend lutter contre le piratage pour faire respecter les droits des auteurs peut se montrer aussi ignorante de la législation d’un pays qu’elle prospecte ? C’est Forbes qui nous apporte un premier élément de réponse, c’est juste qu’en fait, ils s’en fichent.
Dans notre premier article, nous avions repéré le terme « Business intelligence » sur le site d’AIPLEX, un terme que nous avions tout de suite pointé du doigt comme un doux euphémisme synonyme d’opérations de barbouzerie parfaitement illicites. Cette phrase, lancée au doigt mouillé, au moment où nous l’avons écrit, nous n’avions pas tout à fait conscience de son caractère on ne peut plus exact… il y a des termes qui ne trompent pas, une sémantique qu’on commence à bien connaitre sur Reflets.
Figurez vous qu’effectivement, l’ignorance d’AIPLEX de la législation française en matière de traitement de données personnelles, ce n’est en fait qu’un apéritif.
AIPLEX sait se montrer bien plus bête et méchante encore. Cette bêtise va jusqu’aux attaques par dénis de services distribués, au piratage de sites web et d’ordinateurs personnels ! Du moins c’est bien de ça que l’entreprise indienne menace les personnes non disposées à coopérer lorsqu’elles reçoivent un mail de menace dont la syntaxe même n’inspire qu’un coup de flanc, si ce n’est pas carrément une mauvaise blague formulée par un enfant de 14 ans qui passerait trop de temps sur MSN.
Admirez la syntaxe parfaite d’un mail pseudo juridique envoyé par AIPLEX au tracker TorLock :
We have seen u advertise in ur site that you give $1 for fake. We trust this is highly illegal and we will fight to protect our clients rights. You cannot pay people for other’s material, you do not own the rights. We have already ban ur site. Now we will come after u and the people who host ur illegal website… The Indian Govt wont take this and will suport us in the battle against ur and other sites. Other people dont pay users for helping piracy. U will get in trouble for this… u do not understand who u are dealing with. We demand u remove the offer and also adhere to the many requests we have sent u to delete illegal files… We will not ask again…
Que feriez à la réception de ce genre d’email ? Chez Reflets, il y a déjà peu de chances qu’il passe le filtre antispam.
Cependant son contenu reste drôle, par delà la forme, le fond vaut aussi son pesant de cyber-cacahuètes. Le mail en question s’adressait à l’administrateur de TorLock qui proposait de rémunérer les internautes qui signalaient certains torrent comme des fakes, c’est à dire des faux. Le mail d’AIPLEX déclare par on ne sait trop quel raisonnement juridique s’appuyant sur on ne sait trop quelle législation, que cette pratique est illégale… ah bon ? Et se permet en ce sens menacer explicitement l’administrateur de TorLock, en appelant au gouvernement indien et usant de formules assez risibles pour l’activité qu’elle prétend exercer « u do not understand who u are dealing with » il ne manquait plus ici que le « m0th4fuck4h » pour bien ponctuer la phrase.
Cependant, il semblerait qu’AIPLEX ne s’arrête pas à l’intimidation, plusieurs administrateurs de trackers torrent affirment avoir été victimes d’attaques par dénis de services distribués, une pratique parfaitement illégale, dans de nombreux pays, dont la France, ce, quel que soit le motif. TorrentFreak a d’ailleurs écrit quelques passionnants articles sur les pratiques d’AIPLEX qui a bien avoué utiliser ce genre de pratiques illicites.
“The problem is with torrent sites, which usually do not oblige (…) In such cases, we flood the website with requests, which results in database error, causing denial of service as each server has a fixed bandwidth capacity,”
Numérama en avait d’ailleurs aussi parlé en 2010.
AIPLEX avoue même s’adonner à la destruction de certains sites !
“At times, we have to go an extra mile and attack the site and destroy the data to stop the movie from circulating further”
Non, vous n’hallucinez pas, ces gens ne reculent devant rien : menaces, intimidations, harcèlement, collecte illicite de données personnelles, dénis de services, destruction de sites web, et tenez vous bien… piratage de webcams !! Le combo à 10.
“If they have a webcam on their system and it’s switched on, it will also capture the photo of the offender.”
Evidemment, à la suite de l’article de TorrentFreak, AIPLEX a tenté de refuter se livrer à ce genre d’activités. Sauf que voilà, des administrateurs de trackers ont des preuves assez concrètes des attaques lancées par cette petite milice privée d’AIPLEX qui s’auto-octroie des mandats, s’invente des missions, ce afin de démarcher de nouveaux clients. C’est par exemple le cas d’ICTorrent. Pour ça tous les moyens sont bons, et comme nous l’avons vu, peu importe si ces moyens sont illégaux.
La lutte contre le partage sur Internet a engendré ce que nous dénoncions, des entreprises de barbouzes aux pratiques parfaitement illégales, la lutte contre le piratage est devenu un business où tout et n’importe quoi semble faisable. La France a beau avoir quelques gardes-fous, c’est peut être d’ailleurs un rôle pour l’HADOPI, mais au niveau international, la situation est particulièrement préoccupante. Les basses oeuvres des zozos d’AIPLEX ne sont d’ailleurs probablement que la partie visible de l’iceberg.
Chers amis d’AIPLEX, pas la peine de nous envoyer d’email pour demander le retrait de cet article, nous l’avons déjà :
Source: http://reflets.info/aiplex-menaces-intimidation-harcelement-ddos/
Nous avons eu le privilège de recevoir un démenti de l’ALPA concernant notre article qui révélait l’existence d’un document attestant de la collecte d’adresses IP par une société d’origine indienne, AIPLEX. Le document nous a beaucoup inquiétés car il laissaient entendre, probablement involontairement, que ces adresses étaient issues de la surveillance des sites de direct download. Nous nous sommes donc logiquement posés des questions sur la méthode utilisée.
Nous vous livrons donc la réponse faite par l’intéressé, Monsieur Delacroix, qui nie en bloc avoir reçu un tel document et accuse Reflets d’allégations mensongères.
Monsieur,
Je fais suite à votre article publié ce jour sur votre site reflets.info intitulé « Comment AIPLEX et l’ALPA collectent des données personnelles de téléchargeurs ».
Je suis vraiment surpris que vous puissiez publier de telles informations !
L’ALPA n’a jamais eu de relations commerciales avec la société AIPLEX n’a jamais été destinataire du document auquel vous faites référence.
Je n’ose croire que vous ayez colporté ces fausses allégations volontairement dans le but de nous nuire et je vous saurai gré à l’avenir de vérifier vos informations avant de les publier lorsqu’elles concernent l’ALPA. Quant au mail que vous nous auriez adressé, nous n’en avons aucune trace.
Cordialement
Frédéric DELACROIX
Délégué Général de l’ALPA
Le droit de réponse de Monsieur Delacroix maintenant respecté, nous allons nous attacher à commenter son contenu, fort intéressant. Monsieur Delacroix semble donc surpris.
Mais l’est-il autant que nous le sommes à la lecture de ce démenti ?
« L’ALPA n’a jamais eu de relations commerciales avec la société AIPLEX »
C’est une première information, inquiétante, qui sous-entend que de petites milices privées opèrent en toute illégalité des traitements de données personnelles et envoient des rapports sur leurs travaux à l’ALPA, comme le ferait une entreprise qui démarche un prospect. Sauf que ces petits rapports contiennent des données personnelles illégalement collectées.
Ensuite Monsieur Delacroix nous assure qu’il n’a « jamais été destinataire du document » auquel Reflets fait référence.
C’est intéressant ça encore, car Monsieur Delacroix ment.
Il a bien reçu ce document, envoyé par Monsieur De San, de AIPLEX, le jeudi 8 décembre 2011 à 11:53 pour être précis.
La suite la réponse vire de fait au méga fail…
Je n’ose croire que vous ayez colporté ces fausses allégations volontairement dans le but de nous nuire et je vous saurai gré à l’avenir de vérifier vos informations avant de les publier lorsqu’elles concernent l’ALPA.
Quoi ? Reflets vouloir nuire à cette vénérable institution qu’est l’ALPA ? Ce n’est pas le genre de la maison. Nous avons publié ce qui est une information, non une allégation, qui en outre, serait fausse. Pour vous la faire courte Monsieur le Délégué Général, nous appelons information quelque chose de vérifié, pour lequel nous avons des éléments de preuve, parfaitement irréfutables. Vous avez bien reçu ce mail à la date et l’heure sus-mentionnée. Et attention car dans quelques lignes, vous allez être ridicule. ®Guillermito
Quant au mail que vous nous auriez adressé, nous n’en avons aucune trace.
Visiblement à l’ALPA, vous devez avoir un gros soucis avec votre serveur de mails. Reflets va donc prendre le temps de vous expliquer sa démarche en images pour pas faire trop technique. Il s’agit d’une démarche en deux étapes.
Etape 1, Reflets se rend sur le site de l’ALPA pour se procurer une adresse mail valide. Le site de l’ALPA ne croulant pas sous les contenus, nous n’avons pas eu grand mal à trouver une adresse sur l’unique page de ce site.
Etape 2 : Reflets dégaine son client mail, effectue un copier/coller de l’adresse récupérée sur le site de l’ALPA pour s’assurer de ne pas glisser une typo dans l’adresse pouvant entraver la bonne réception de ce mail.
Le mail est donc bien parti mais il semble que les mails de l’ALPA soient pris d’un mal bien étrange que nous ne nous expliquons pas.
Allez, maintenant nous allons un peu rire.
Inquiet de la provenance supposée des adresses IP contenues dans ce document, Guillaume, de Numerama a contacté Monsieur De San de AIPLEX. Et c’est là que ça devient drôle car nous avons :
« Spontanément, alors que nous l’avions pas encore interrogé sur ce point, M. de San nous a par ailleurs affirmé qu’Aiplex a arrêté depuis plusieurs semaines la transmission d’adresses IP en France, après avoir été alertée par l’ALPA (Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle) que leur communication n’était pas légale. « Nous ne le savions pas », nous assure Cédric de San. »
Mais alors comment l’ALPA a-t-elle pu avertir AIPLEX du caractère illégal de ce genre de document si elle ne l’a pas reçu ? Allez on prend les paris ? A votre avis lequel des deux nous a menti ?
Source: http://reflets.info/collecte-illicite-dadresses-ip-lalpa-dement-et-cest-drole/
En France, les adresses IP publiques sont considérées comme des données à caractère personnel. Leur collecte et leur traitement ne peut donc pas être fait n’importe comment, par n’importe qui. Enfin ça c’est en théorie. En pratique, quand un organisme comme l’ALPA (Association de Lutte Contre la Piraterie Audiovisuelle) fait la traque aux internautes qui pratiquent le direct download, il leur est très simple de contourner la législation française un peu tatillonne en s’adressant à un prestataire qui agira hors de nos frontières.
AIPLEX est une entreprise qui réalise du suivi d’oeuvre. Elle fait un peu ce que fait TMG chez nous, elle aussi mandatée par les ayants droit, dont l’ALPA. Cependant, la collecte de données pour le direct download ou pour le streaming peut s’avérer plus délicate que sur les réseaux P2P. Les procédés techniques peuvent justement être suspectés d’être particulièrement intrusifs. L’ALPA semble donc s’être adressée à AIPLEX une société basée en Inde à Bangalore, disposant d’une filiale à Bruxelles, et dont le coeur de métier est la lutte contre le piratage, la protection des marques et la business intelligence, un terme fourre-tout qui décrit en deux mots simples des opérations de barbouzes pas toujours très propres.
Reflets s’est procuré un très intéressant document décrivant le suivi d’une oeuvre, en l’occurrence Twilight 4, opéré par AIPLEX pour le compte d’ayants droit. Ce document est parvenu à l’ALPA, il était à l’origine à destination de Belga Films. Ce document se présente sous la forme d’un fichier Excel de plusieurs onglets présentant le suivi d’un oeuvre et surtout un beau paquet d’adresses IP, dont beaucoup d’adresses françaises, de plusieurs fournisseurs d’accès. Une localisation géographique correspondant à ces adresses (latitude et longitude est aussi visible).
Ce document a de quoi nous plonger dans une certaine perplexité, ce traitement, cette collecte, ont ils été validés par la CNIL, quid de sa légalité, depuis où et surtout comment cette collecte est opérée.
Monsieur Delacroix de l’ALPA a t-il fait part de ce document à la CNIL, l’ALPA a t-elle un deal avec AIPLEX ?
Nous avons beaucoup de questions à poser à l’ALPA, un email est d’ailleurs parti en ce sens, nous n’avons pour le moment pas reçu de réponse.
Source: http://reflets.info/aiplex-alpa-collecte-donnees-personnelles/
Vous vous souvenez peut-être qu’il y a quelques temps, Bull lançait une jolie maskirovska en annonçant la vente de son activité Eagle au sein d’Amesys. L’idée étant de se débarrasser d’un facteur négatif en termes d’image après les révélations de Reflets, d’Owni, du Wall Street Journal sur le business pas joli-joli d’Amesys dans des dictatures et des Etats policiers. Notamment en Libye, mais aussi à Doha, au Maroc, etc.
Nous écrivions par ailleurs que le business continuait comme si de rien était pour Amesys. Le système d’écoute global pour le Maroc continue de s’installer, tout ce qui compte dans le complexe militaro-industriel français poursuit des échanges commerciaux avec Amesys. Vraiment, il ne s’est rien passé…
Cette fois, ce n’est pas le fameux DaHubbleVisionPowa© qui le révèle, c’est Amesys elle-même : tout continue comme si de rien n’était. L’entreprise invite en effet les geeks à venir boire un coup et à échanger sur ses technologies. Histoire de recruter.
Reflets souhaite donner un coup de pouce à Amesys en donnant un peu de visibilité à cette invitation et encourage tous ses lecteurs un peu geeks à se rendre dans les locaux de cette charmante boite pour aller voir de près ce qu’elle fait. Pour une fois qu’Amesys fait preuve de transparence, ce serait dommage de ne pas en profiter. Non ?
Source: http://reflets.info/amis-geeks-amesys-vous-invite-a-boire-un-coup/
CNIL, ma chère CNIL… Tu le sais, toi et moi, c’est une longue histoire d’amour. Depuis des années, je te répète que tu ne sert à rien, que les politiques t’ont déshabillée… Tu n’as plus aucun pouvoir et quand tu en avais, tu ne les utilisais pas puisqu’en une vingtaine d’années, de mémoire, tu n’avais transmis que 20 dossiers environ au procureur. Et pourtant, hein, depuis le Minitel, le volume des données personnelles qui se baladent à poil sur Internet, à la merci des agences de marketing peu scrupuleuses, des spameurs fous, etc., a explosé. Il y aurait théoriquement de quoi remplir tous les tribunaux pendant des années. Et toi, tu regardes ailleurs, tu fais du marketing pour mettre en valeur telle ou telle de tes actions timorées. Bref…
L’autre jour, j’étais présent dans un BarCamp à la Cantine. S’y est tenu un atelier « Hacker la CNIL » auquel je n’ai pas participé. J’imagine que l’idée était de travailler de l’intérieur pour mieux te changer (en bien). Une démarche louable. Mais moi, quand j’ai entendu « hacker la CNIL », je me suis dit qu’il était peut être temps d’aller voir si le serveur ne laissait pas traîner quelques données personnelles. Pas trouvé.
En revanche, il y a à la racine du serveur un petit fichier prometteur.
Pour l’instant, rien de grave.
Mais d’ici quelques mois… Qui sait…
J’ai donc immédiatement balancé un tweet ou deux pour alerter la personne qui se cache derrière @cnil.
Mais aucune réponse n’est venue. J’en conclus que @cnil est un bot. Ou pire, que la personne (humaine) qui gère ce compte ne sait pas lire.
Du coup je perd un peu de mon temps précieux pour faire un petit billet dans l’espoir de contribuer à une meilleure sécurité de ton site ma chère CNIL. Tu remarqueras que c’est une prestation gratuite, désintéressée et visant surtout à contribuer à un Internet PUR(.fr).
D’ici à ce que je reçoive les félicitation de l’HADOPI, de la CNIL et de Nicolas Sarkozy, il n’y a qu’un pas (#OMG).
En même temps, on peut rejouer puisque toi et moi sommes joueur. Dans un passé lointain, j’avais découvert que le back office des sites du PS et de l’UMP étaient complètement accessibles via un simple navigateur, sans login ou mot de passe. Et je t’avais posé des questions pour voir ce que tu comptais faire. Il m’avait fallu créer un KiteCompteur de la CNIL et attendre 22 jours pour que tu finisses par me dire que bon, comme d’hab, tu ne ferais pas grand chose. On pourrait faire un RefletsCompteur de la CNIL pour voir combien de jours tu vas mettre à retirer les petits fichiers qui vont mal sur ton site…
Source: http://reflets.info/cnil-est-il-un-bot-ou-pire/
Le saviez-vous, l’an dernier 58% des vols de données ont été le fait des hacktivistes. Si, si, c’est Verizon qui le dit et toute la presse, selon ce que nous dit Google News, qui le répercute. Evidemment, quand on part d’une étude pourrie ou du communiqué de presse qui lui est associé, l’article risque bien d’être complètement foiré. Mais voyez-vous, cette étude est un truc en or pour les journalistes. Elle comporte tous les bons mots-clef qui font du clic (hackers, pirates, vols de données, hacktivistes, etc.) et elle permet de faire un papier à peu de frais. Au pire, une heure pour copier/coller, remanier l’ordre des paragraphes du communiqué de presse, éditer un peu… Non vraiment, c’est du pain béni. Sauf que c’est de la merde marketing en barre ou une daube (© Guillermito 2004) et que l’on pourrait attendre un tout petit peu plus d’esprit critique de la part de la presse.
Verizon se base, semble-t-il (nous n’avons même pas ouvert l’étude pour éviter de perdre plus de temps que celui qui nous aura été nécessaire à pondre ce petit billet) sur des « données recueillies auprès des autorités américaines, néerlandaises, australiennes, irlandaises ou encore britanniques« .
Tiens, le monde se limiterait-il à ces pays ? Pire, le cyber-monde qui est largement plus vaste encore, serait réduit à ces zones ? Voilà qui laisse de côté une flopée de serveurs troués et retroués.
Bien entendu, l’étude pointe les piratages de LulzSec et d’Antisec. Par nature, ils sont faits pour être le plus visible possible. On troue un serveur, on récolte les données et on les publie. Dans ce cas, ce n’est pas seulement l’admin du serveur et son PDG qui sont verts de rage, ce sont aussi les utilisateurs. Il y a donc des chances pour que tout le monde sache qu’un piratage ou un hack a eu lieu. Mais qui qui sait si ces groupes n’ont pas piratés une pétaflopée de serveurs dont ils n’ont pas parlé ?
Oui, parce que, bien évidemment, ce rapport de Verizon ne prend pas en compte les millions de piratages de données qui restent sous les radars. Ces piratages ont pour vocation de ne pas être repérés car ils s’inscrivent dans la durée. C’est un peu le DPI du pirate… On entre, on se fait tout discret, on attend et l’on écoute.
Du coup… Comment calcule-t-on ces 58% s’il manque une bonne partie des piratages ?
Au doigt mouillé ?
Voyons-voir… Si l’on résume les hacktivistes qui récoltent des données sur le réseau à LulzSec et Antisec, comme semble un peu le faire cet article, on est tenté de dire, dans une tournure bien globalisante, que « les actions des hacktivistes restent illégales » quelles que soient les motivations :
les hacktivistes volent ces données pour réaliser un exploit qui fera parler d’eux. L’échelle de la faille, la sensibilité des données et la manière sont plus importantes que la valeur de ces données. A leur façon, les hacktivistes se comportent comme des vigies qui vérifient que les données sont convenablement gardées, ce qui ne retire en rien l’illégalité de leurs actions. A contrario, les organisations criminelles ne s’intéressent qu’à la valeur marchande de ces données.
Petit aparté fondé sur une expérience personnelle…
Chez Reflets, avec Telecomix et fhimt.com, nous avons récolté des tonnes de données personnelles dans le cadre d’OpSyria par exemple. Et franchement, il ne s’agit pas de piratage. Il y a des milliards de données personnelles qui sont stockées sur Internet sans protection aucune. Et d’ailleurs, la Justice française reconnait parfois que l’on peut accéder à des données personnelles que l’administrateur voudrait ne pas voir être dévoilées sans pour autant se rendre coupable de piratage.
Pour 01Net, « Le rapport de Verizon bat en brèche un grand nombre d’idées reçues concernant le piratage« . Ce que le rapport ne bat pas brèche, c’est l’idée que l’on peut se faire d’un certain journalisme paresseux.
Source: http://reflets.info/verizon-lit-dans-les-entrailles-du-piratage-et-les-journalistes-plongent/
A écouter les ministres et le grand patron, Nicolas Sarkozy, sur l’AmesysGate, il semble que nous ayons une troupe de clowns avec de gros nez rouges qui crient très fort : « boooooonnnnjouuuur les petits neeeennnnffffannnnts, qquiii c’est quiii va vous faireeeeuuu riiiiireuuuu??? C’est nouuuuuusss »…
Les réponses aux questions des députés de droite comme de gauche sur ce sujet sont un must. Des trucs à encadrer et à garder pour plus tard.
Première posture : silence.
Mince, ça ne marche pas, il y a plein de trublions, d’anarcho-nazis-gauchistes-pédo-fachos-terroristes qui remettent le couvert. Des Mediapart, des Reflets, des Owni, des Le Monde, des Le Figaro, des… Plein.
Deuxième posture : #spanous, #onsavaitrien
Mais voilà, Mediapart distille les notes de Ziad Takieddine. Et ces notes sont accablantes. Elles montrent une implication totale de Nicolas Sarkozy et de son clan, Claude Guéant et Brice Hortefeux en tête.
Ses grognards ont mis en place toute l’affaire et si Ziad Takieddine ou ses ex-amis proches ne mentent pas, il y a même de forts soupçons de versements de commissions occultes et de financement illégal de la campagne de 2007.
Pire, Paul Moreira, dans son reportage, Traqués, diffusé sur Canal Plus a donné la parole à des pédophiles opposants qui ont été torturés et emprisonnés alors que leurs communications Internet étaient écoutées par les solutions Amesys.
Sachant que la Direction du Renseignement Militaire a oeuvré pour l’installation et le paramétrage de ces solutions, il est aisé de tirer une conclusion peu réjouissante, le ministère de la Défense, et partant, l’Etat français, ont aidé à mettre en place un outil qui a servi à torturer des opposants Libyens.
Gardons à l’esprit qu’en ce moment même, une solution Amesys similaire est en cours d’installation au Maroc.
Cette fois, personne ne pourra dire « on ne savait pas« .
Troisième posture : mais qu’est-ce que vous nous reprochez ? Nous ne sommes pas concernés, c’est une société privée dont nous n’avons à connaître ni les clients, ni le business.
On en est là actuellement.
Avec une option amusante qui consiste à monter une belle opération de storytelling à propos des textes juridiques encadrant l’exportation de ces matériels et logiciels.
L’idée, opportunément relayée par la presse qui ne tente malheureusement pas de contrer le gouvernement et les vendeurs de DPI sur ce point, est de dire que ces logiciels ne sont pas des armes. Du coup, il y aurait un « vide juridique« .
A chacun son point de vue et c’est aux juges de trancher.
Nous avons longuement détaillé le notre et en voici le condensé pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents :
L’article 226-1 du Code Pénal nous dit ceci :
Est puni d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende le fait, au moyen d’un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui :
1° En captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ; (..)
Il faut croire, à écouter les politiques Français, que l’ensemble de la population libyenne ne peut être qualifié d’ »autrui ». Autrui c’est vous, c’est nous, mais ce n’est pas la population de tout un pays. Un autrui ça va, c’est quand il y a plusieurs autrui qu’on a des problèmes. Et si en plus les autrui sont arabes Auvergnats…
L’article 226-3 du même code nous parle cette fois des moyens utilisés.
Est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende :
1° La fabrication, l’importation, la détention, l’exposition, l’offre, la location ou la vente d’appareils ou de dispositifs techniques conçus pour réaliser les opérations pouvant constituer l’infraction prévue par le second alinéa de l’article 226-15 ou qui, conçus pour la détection à distance des conversations, permettent de réaliser l’infraction prévue par l’article 226-1 ou ayant pour objet la captation de données informatiques prévue par l’ article 706-102-1 du code de procédure pénale et figurant sur une liste dressée dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat, lorsque ces faits sont commis, y compris par négligence, en l’absence d’autorisation ministérielle dont les conditions d’octroi sont fixées par ce même décret ou sans respecter les conditions fixées par cette autorisation ; (…)
Mais soyez rassurés, le système vendu par Amesys ne rentre pas dans cette catégorie, c’est Alain Juppé qui vous le dit.
La « liste dressée dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat » évoquée dans l’article 226-3 est détaillée dans la partie réglementaire du Code Pénal. Aux articles R226-1 et suivants. Notamment R226-3.
Ils évoquent l’arrêté du 29 juillet 2004, fixant la liste d’appareils en question.
Dans l’annexe I de cet arrêté, on trouve ceci :
APPAREILS SOUMIS À AUTORISATION
EN APPLICATION DE L’ARTICLE R. 226-3 DU CODE PÉNAL
1. Appareils, à savoir tous dispositifs matériels et logiciels, conçus pour réaliser l’interception, l’écoute, l’analyse, la retransmission, l’enregistrement ou le traitement de correspondances émises, transmises ou reçues sur des réseaux de communications électroniques, opérations pouvant constituer l’infraction prévue par le deuxième alinéa de l’article 226-15 du code pénal. (…)
Bilan de cette plongée dans le droit français : il faut une autorisation du premier ministre pour détenir ou vendre les joujoux d’Amesys.
Le législateur étant loin d’être un imbécile, il rédige des textes suffisamment vagues pour qu’ils puissent être appliqués dans toutes sortes de cas. En l’occurrence, ON NE PEUT PAS VENDRE CES PRODUITS SANS UNE AUTORISATION DU PREMIER MINISTRE.
Et exporter, jusqu’à preuve du contraire, c’est vendre…
Voilà pour a maskirovska consistant à dire que ces machins ne sont pas des armes et que donc, il y a un vide juridique.
Ce vide juridique putatif ne sert que les gouvernants qui ont facilité et poussé ce deal avec la Libye, ainsi que les vendeurs de DPI : pas de loi ? Pas d’infraction !
Mais revenons à Gérard Longuet, notre bon ministre de la Défense. Voici ce qu’il répondait aux députés inquiets du bradage des droits de l’Homme dans l’AmesysGate :
De majorité en majorité, nous avons construit un dispositif qui permet de n’autoriser les exportations, qu’elles soient le fait de grandes entreprises ou de PME, que dans le cadre d’un contrôle extrêmement strict.
Depuis 1939, l’affaire n’est pas nouvelle, de CIEMG en CIEMG – je parle des commissions interministérielles des exportations des matériels de guerre –, nous autorisons ces exportations et nous contrôlons l’usage final du matériel.
Bîîîîp…..
Tss, Tss, monsieur Longuet, vous pouvez mettre votre nez rouge et votre chapeu pointu, cela ne détourne pas assez l’attention pour que nous puissions oublier qu’en l’espèce il s’agit de matériel d’écoute des communications privées et que la vente d’un tel matériel à un dictateur, ou même à une de nos grand-mères, est interdit sans autorisation.
Vous posez une question fondamentale car elle suppose l’existence d’un détournement d’emploi de tel ou tel matériel.
Bîîîîîîîpppp…
Du tout. Il n’y a aucun détournement. Le matériel d’Amesys est tout à fait destiné à l’écoute globale d’un pays et vous en conviendrez, il n’y a pas d’autres clients potentiels que des dictatures, les Etats de Droit n’écoutant pas l’ensemble des communications de leurs ressortissants.
Oui, bien sur, vous nous direz qu’il y a au moins un Eagle d’Amesys en France. Etat de Droit.
Vous nous direz également que de fins connaisseurs du secteur, comme Eric Horlait, l’un des inventeurs d’une des composantes de ces systèmes d’écoute, est loin d’être aussi affirmatif. Lors d’une récente réunion de crise à l’université Paris6, il juge lui que les « démocraties ont leurs perversions », et laisse entendre que ces systèmes d’écoute sont bel et bien en activité en France.
A ce propos, monsieur le ministre… Pour quoi faire ?
En ce qui concerne les télécommunications, force est de reconnaître qu’à ce jour, aucune commission interministérielle des exportations des matériels de guerre n’a été sollicitée en la matière.
Et c’est tout à fait logique. En revanche, pour vendre ces produits et donc les exporter, il faut obtenir l’autorisation du premier ministre, ou à défaut, par délégation du SGDN.
S’il y a eu détournement de l’emploi de ces matériels, notre devoir est d’adapter l’administration des exportations des matériels de guerre. Mais pouvons nous imaginer à tout instant quels détournements peuvent avoir lieu ?
Oui, vous le pouvez. Lorsque vous vendez un tel produit à un dictateur sanguinaire, connu comme tel depuis des dizaines d’années, que le responsable de l’installation, l’interlocuteur d’Amesys et donc des petits gars de la DRM dont le Canard Enchaîné dit qu’ils ont passé du temps sur place, est M. Senoussi, condamné en France pour l’attentat du DC10 d’UTA… Oui, à moins que soyez complètement idiot, ce dont vous nous permettrez de douter, vous ne pouvez QUE imaginer un « détournement ».
En fait, plutôt, un usage naturel de ces outils qui ne sont faits QUE pour repérer des opposants et remplir des dossiers aux fins d’interrogatoires musclés.
Vous nous reprocherez bientôt de ne pas contrôler les exportations alimentaires ou celles de biens de d’équipements – pour les vêtements des troupes, par exemple. Ce n’est simplement pas possible.
Aaaahh… La droite décomplexée dans toute sa splendeur… Comparer un outil visant à gonfler les dossiers d’opposants politiques détenus par les services spéciaux dans une dictature sanglante à des produits alimentaires… #OMG….
Dans le cas particulier, je tiens à la transparence absolue : jamais la commission interministérielle n’a été sollicitée.
En, effet, comme nous l’avons démontré plus haut. Elle n’avait pas à se prononcer. Cependant, une autorisation du premier ministre était nécessaire. Mais posons nous le problème autrement maintenant. Pourquoi Amesys aurait demandé une autorisation au gouvernement alors que c’est probablement le gouvernement lui même qui lui a demandé d’aller vendre son système a Kadhafi ?
M. Longuet, comme le disait un ami cher il y a des lustres dans Usenet, un truc que vous ne connaissez pas, mais ce n’est pas grave, dans quelques lignes vous allez être ridicule.
Donc, si l’on suit le raisonnement du gouvernement, Amesys étant une entreprise privée, personne au gouvernement n’a a connaître de ses activités et de la liste de ses clients…
Pourquoi pas. Sauf que dans le cas précis, M. Longuet, vous êtes l’un des clients privilégiés de cette entreprise.
Venir nous dire que vous la connaissez à peine, c’est une insulte à notre intelligence et au passage, c’est faire peu de cas de la puissance de notre logiciel, copie conforme d’Eagle développé à l’arrache par l’équipe de Reflets.
Sachez que notre produit est bien plus puissant qu’Eagle car il permet en plus, de surveiller les pigeons voyageurs !
Donc, vous ne connaissez pas Amesys ni ses clients. Vous découvrez avec l’AmesysGate que les technologies d’Amesys peuvent être un tantinet intrusives…
Il va falloir nous expliquer quelques petits trucs.
Le site de Bruz, La DGA, la DRM, la DIRISI, ça vous parle un peu?
On dit, ça, nous, c’est juste pour causer…
Car voyez-vous, en août 2011 (le fameux mois où le WSJ publie son article sur le site d’écoutes de Tripoli ), Amesys émettait des factures pour un montant de 425.000 euros, environ, pour la vente à ces entités dépendant largement de votre ministère, d’équipements « de reconnaissance et de décompression des signaux numériques (Digital Circuit Multiplication Equipement), d’analyse de signalisation VOIP et GSM, de protocoles de transmissions SDH & PDH et de testeur de ligne au profit de l’Etat-Major de l’Armée de Terre et de la DRM« . Le même genre de matériel devait être livré au 44ème régiment de transmissions à Mutzig, toujours au profit de l’Etat-Major des Armées.
En juillet 2011, Amesys répondait pour la fourniture d’un système de brouilleurs aéroportés de nouvelle génération à la demande de la DGA.
Le mois dernier, Amesys vous facturait la vente de plusieurs routeurs satellite pour la modique somme de 70.000 euros. A livrer à Creil, à la Direction du Renseignement Militaire. Du matériel soumis à autorisation R226. Ca vous parle ? Oui, oui, le même 226 que l’article évoqué plus haut dans la petite analyse juridique de Reflets… Un de ces quatre, il faudra que l’on vous parle d’Ipricot, la « marque » sous laquelle Amesys commercialise les routeurs satellites. Là aussi, « on » a vendu à pas mal de pays douteux. Vous voyez M. Longuet, vous connaissez bien Amesys, et en dépit de l’AmesysGate, vous continuez de faire du business avec elle.
Comme l’aurait dit notre ami Guillermito dans Usenet, voilà, c’est fait, il aura suffit de dix petits paragraphes pour que vous soyez maintenant totalement ridicule.
Amesys est une composante essentielle du complexe militaro-industriel français. C’est sans doute ce qui a permis à une petite entreprise de manger une très, très, grosse entreprise. Sans les bonnes relations entre le gouvernement et ladite société, cela n’aurait sans doute pas été possible.
De grâce M. Longuet, ne venez pas nous dire que vous connaissez à peine Amesys et que vous n’avez pas à savoir qui sont ses clients. Parce que, avec tous les petits secrets auxquels elle a accès, vous savez très bien ce qu’elle fait. La DRM, on l’espère, sait exactement ce que fait cette entreprise. Y compris quand elle vend à messieurs Kadhafi et Senoussi un système d’écoute globale de la population libyenne.
Source: http://reflets.info/saint-gerard-longuet-son-nez-rouge-son-chapeau-pointu-et-l-amesysgate/